& nbsp présente :

Silkcut

Anahita BATHAIE,
Jérémy CHABAUD,
Aymeric EBRARD,
Thomas FONTAINE,
Christophe LEMAITRE,
Justin MORIN,
Laurent MARESCHAL,
Alice SCHYLER MALLET,
Sandrine WEISSENBURGER

Vernissage le Samedi 03 mai à partir de 18h
Exposition du 03 au 24 Mai 2008


Pourquoi quelque chose serait-il plié ?
Au niveau de l'intuition sensible non philosophique, je dis une chose toute simple: je ne sais pas si les choses sont pliées. Leibniz nous dit oui, l'univers est affecté d'une courbure, mais pourquoi ? Ça sert à quoi être plié ? Ça sert à quoi être replié ? Si les choses sont pliées c'est pour être mises dedans. Voilà au moins une réponse. Les choses ne sont pliées que pour être enveloppées. Les choses sont pliées pour être incluses, pour être mises dedans. C'est très curieux ça. Le pli renvoie à l'enveloppe. Le pli c'est ce que vous mettez dans une enveloppe, en d'autres termes : l'enveloppe est la raison du pli. Vous ne plieriez pas si ce n'était pas pour mettre dans une enveloppe. L'enveloppe est la cause finale du pli.

Gilles Deleuze

Au delà de l’anecdote contextuelle de l’élaboration allégorique d’un stand de foire commerciale en hommage aux soyeux, SILKCUT, pensée spécialement pour les espaces du Stand à Lyon, développe un principe électif simple : regrouper ici des oeuvres dont le plus petit dénominateur commun est d'avoir de près ou de loin un lien avec le textile. Plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, ce catalogue choisi dessine en filigrane l’imbroglio d’un nœud sans fin dont les racines et les branches s’entremêlent continûment, brodant et débrodant, Sisyphe ou Pénélope, la tapisserie des questions sans réponses de nos existences. A travers le tissage de leur articulation dans l'espace comme règle de base d’un jeu à tiroirs, l'exposition dessinera les perspectives d'un territoire et de ses enjeux, son partage, sa limite, ses frontières, tant politiques, culturelles ou sociales que plus symboliquement, à l'échelle individuelle de l'expérience humaine, celles des origines et des destinées... Au carrefour de la route des épices et de la soie, des diasporas et des eldorados, au croisement du fil d'Ariane et des ciseaux des Parques, convoquant aussi par son titre l'imagerie mythique, autant frivole que pré-néoLeibnizo-Deleuzienne, d'une marque de cigarettes britanniques dont la communication atteint des sommets dans les années 80, quand la représentation du tabac fut frappée de tabou publicitaire, à l'heure des interdictions, des diktats et des guerres, des spectres apocalyptiques de toutes les terreurs et du "Fumer Tue", SILKCUT entend passer les lignes de chaque clan au crible de valeurs inverses, ou de codes simplement différents. Précipitant ainsi sur le mode de la vanité leurs dérisoires, le dispositif joue les impasses et les culs-de-sac de l'espace, qui cristallisent schématiquement son labyrinthe mental. Ce faisant, il rejoue surtout l'impossible retour en arrière, et la nécessaire négociation avec l'alentour... l'horizon nous encercle. Il ne reste plus, après la pluie, que les marques effacées qui se perdent derrière soi. Devant s'ouvre l'inconnu... Y tracer son chemin : il ne reste plus qu'à avancer. La vie devant soi...

Sur le principe décliné et séquentiel de la salle d’attente(s), ces chroniques d’une fin annoncée articulent l’enfilade de ses antichambres en un dédale abstrait et méditatif. Se déployant comme une rose des sables dans la condensation de l’espace et le précipité de ses murs dont elles essaieraient en vain d’oublier la matière, jouant des allers-retours et marche arrière, dead-ends, et autres sans issues, ces variations se perdent dans les méandres du temps. Dévidant la ténuité de son fil à travers les imbrications de cette architecture tantôt rationnelle, psychologique ou sentimentale, SILKCUT est une marche, par endroits funèbre et mélancolique, vers l’ombre ou la lumière, le futur incertain d’un avenir inconnu.
Mixant en filigrane les différentes époques des aventures martialo-commerciales de la route de la soie, des Indes et du pétrole – terre promise ou paradis perdu ? –, ainsi que le spectre des soulèvements – révoltes des canuts ou des banlieues, Mai 68, Irak, Vietnam, (dé)colonisation, délocalisation, Made in China, etc. – dans le patchwork improbable d’une toile de Jouy mondialisée, l’exploration de ces territoires devient une quête de liberté, celle – utopique – de l’après, de l’ailleurs (ce Canaan où l’herbe est plus verte), la projection abstraite d’un non-lieu, qui trace dans les replis labyrinthiques et colchéens de l’espace, le chemin d’une découpe : celles de nos vies…

SILKCUT

présente :

Anahita BATHAIE, Jérémy CHABAUD, Aymeric EBRARD, Thomas FONTAINE, Christophe LEMAITRE, Justin MORIN, Laurent MARESCHAL, Alice SCHYLER MALLET, Sandrine WEISSENBURGER …

Le chemin

En vitrine, au rez-de-chaussée, « le salon » : un display de représentation, entre stand de foire commerciale et salon bourgeois. Devant les motifs géométriques d’un tapis persan dessiné à même le sol par la matière odorante et volatile de différentes épices orientales (1), trône une bergère Louis XV, qui arbore sur ses coussins et accoudoirs, les motifs répétitifs de scènes de violences et guérillas urbaines, dont le dessin aurait comme brûlé le tissu (2). Au mur, un portrait de Karl Lagerfeld, icône mondaine au canevas pailleté dont la richesse des brocarts renvoie autant à la haute couture qu’à la matière des costumes rituels des cérémonies : chasubles, soieries impériales ou habits de corridas (3). En regard, une toile ouvre la fenêtre d’un paysage fondu ; comme le détail d’une découverte renaissance ou d’une estampe japonaise, la peinture joue des transparences et des lavis dans la plus pure tradition de la perspective chromatique, en implosant son sujet, qui s’effondre de l’intérieur (4).

Dans la mezzanine vitrée, « le bureau » : un homme en costume anthracite, ligoté à sa chaise, semble pris en otage par les éléments mêmes de son quotidien (5). A côté, une plante d’intérieur fait pleurer les mèches de cheveux tricotés qui raccommodent ça et là, celles de ses feuilles qui ont fané (6)…

A l’entresol, « la réserve » : pendu au crochet d’un portemanteau mural, un keffieh dessine une impossible alliance ; par l’ajout systématique de deux pointes à chaque intersection du motif d’origine, ses broderies transforment les traditionnels entrelacs palestiniens en une constellation d’étoiles de David, prises au piège comme d’un rets barbelé (7). Plus loin, la simple impression des déformations de la trame noir et blanc d’un tissus rayé vient en dessiner le drapé ; enfermée dans son cadre de bois, elle renvoie dans le trompe-l’œil cinétique de ses raies, autant au suaire qu’aux sinistres uniformes de l’enfermement (8)…

Au sous-sol, à « la cave », le portrait d’un visage momifié émerge de la pénombre. La matière déliquescente de la peau parcheminée laisse apparaître, ça et là, la construction complexe du tissu organique (9). Alors, une voix de femme tremble dans la nuit : énumérant dans une liste sans fin – berceuse ou litanie –, la matière d’étoffes qu’elle détaille l’une après l’autre, elle est, incertaine et comme d’outre-tombe, la lecture du registre de consigne des effets personnels permettant de reconnaître les enfants abandonnés (10)…
Le puits sans fond des origines, le gouffre de l’oubli…
Un trou noir.

1. Laurent MARESCHAL, Tapis, épices, dimensions variables, 2003
2. Aymeric EBRARD & Sandrine WEISSENBURGER, Loulou #0, fauteuil, coton, lait, 90 x 80 x 110 cm, 2008
3. Justin MORIN, Karl Lagerfeld, broderie sur coton, 50 x 60 cm, 2006
4. Jérémy CHABAUD, le 1er jour (Métamorphose 1), techiques mixtes sur toile, 100 x 100 cm, 2006
5. Aymeric EBRARD, A.R. (l’otage), chaise, mannequin, vêtements, accessoires, dimensions variables, 2007
6. Anahita BATHAIE, Ficus, pot, terre, ficus, cheveux, 60 x 120 cm, 2006
7. Laurent MARESCHAL, Kaffia, keffieh, broderie, 130 x 130 cm, 2000-2001
8. Christophe LEMAITRE, Voile 1, impression sur papier, 90 x 150 cm, 2007
9. Thomas FONTAINE, La Bête, impression numérique, 62 x 52cm, 2007
10. Alice SCHYLER MALLET, Trousseaux, son, 13mn, en boucle, 2007

story

Initié en mai 2005 au sein du réseau des Lieux d’Art de l’Est Parisien. * est double : à la fois un lieu (non-breaking space), et le groupe d’artistes qui l’ « habite » et le génère (no-body’s perfect).

Mouvant et à géométrie variable, la particularité d' est d’avoir développé un processus global qui pense les expositions comme un continuum fictionnel, et dont l’histoire se construit et se développe au fil d’épisodes à suivre autant “à domicile”, saisons après saisons, que dans l’articulation spatio-temporelle de résidences contextualisées. Ces expositions hors les murs s’organisent autour de l’ orbite principal comme autant de satellites en gravitation dans le ciel dispersé d’un système ouvert…

Après The Voyager (Mai-Décembre 2005), qui a ouvert l’univers des possibles en déployant les pistes sinueuses d’explorations vagues et multiples de territoires non clos, Home of the Brave (Janvier-Juillet 2006), en abordant les rives de la standardisation mondialisée, détaille la construction-type des processus privatifs de la vie domestique occidentalisée, dont Apocalypse Now (Septembre 2006-Juillet 2007) généralise le projet de conquête en mesurant la portée du motif normatif de la campagne, qui, commerciale, publicitaire, politique ou militaire, diffuse un ordre dominant dans nos systèmes contemporains. Jusqu’à l’inévitable implosion projetée par ∞, la 4ème saison (Septembre 2007-Juillet 2008), qui sur les ruines de nos civilisations, entre les paradis artificiels de la virtualité et l’horreur sisyphéenne de l’éternel retour, rêve l’utopie de la réécriture d’un scénario qui nous échappe…

Plus qu’un magasin recevant les nouveaux arrivages de marchandises à la mode, ou une salle des fêtes accueillant successivement untel ou machin, crée un programme (au sens informatique voire politique) réfléchi et concentré qui traduit la société d’aujourd’hui, à qui il s’offrirait en miroir, plus ou moins déformant.

Construisant des terrains d’expressions variés où attitudes, gestes et familles artistiques contrastés participent à l’élaboration d’une histoire commune, dans l’épure tenue de modes de présentations où toute l’attention est portée sur la précision des articulations de sens et de formes, tient à sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, livrant ailleurs, en d’autres temps et autres lieux, prolongements, déclinaisons, variantes et remixes, rejouant ainsi l’expérimentation locale dans des structures diverses aux contextes et publics différents.

The Voyager / Home of the Brave / Apocalypse Now / ∞ …

XPLOITATION,(Palais de Tokyo, Paris, France)
Love, etc.L’Iceberg
Blackmarket
Kraftwerk
ForeverGreen

IMPORT/EXPORT(Migrations/Biennale de Dieppe, France)
Vous êtes ici / Les ColoniesCUT, le déracinement
TARGET, l’affrontement
HAPPY END, la résolution

CREATIVE SUITE(Public Art Lab, Sofia, Bulgarie)
for Mobile Studios The Office
The Living Room
The Bedroom
The Garage
The Garden

PALAIS DES GLACES(Galerie Du Bellay, Rouen, France)

PREDATOR(Galerie G-module, Paris, France)

SILKCUT(Le Stand, Lyon, France)

* est dans le langage html le code signifiant l’espace. Loin de la projection cosmique, cet abrégé de l’anglais «non-breaking space» traductible en français par «espace insécable», correspond à un vide entre deux caractères, ce plus-petit-espace-dactylographiable commandé par la barre espace, la seule touche non caractérisée d’un clavier alphanumérique ; un intervalle, un interstice.